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04/02/2008

Est-Ouest

Dimanche 3 septembre.

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Le dimanche, il y a toujours quelques visiteurs au phare. Au moins une dizaine en cette saison. Aujourd'hui une seule femme seule, une brune au carré assez sportive et bronzée, environ 50 ans. Un joli petit poisson. Comme d'habitude, après la visite, elle est venue se renseigner sur la vie du gardien de phare. Fascination de la nuit, de la mer et des éléments, même pour un phare du continent, on a notre petit succès. J'ai répondu à sa curiosité en parlant de l'hiver, du bruit du vent là-haut et de la fureur des tempêtes. Quelquefois on est comme à la passerelle d'un navire dans la tempête, à guetter un feu avec inquiétude, pas celui du phare bien sûr, mais celui du bateau attendu . Il manque le tangage mais à la relève, quand on a descendu l'escalier en colimaçon pour aller se coucher, on met longtemps à calmer le balancement de la houle dans la tête et le claquement des embruns.

Et puis je lui ai parlé du Cap Ferret. Je lui ai montré le coté du Bassin d'Arcachon, l'Est, la quiétude de la plage, les petits enfants qui jouent dans les mares à chercher des crabes, les mamans qui bronzent rassurées quant à leur progéniture, car on entend de loin les cris dans le coton de l'après-midi. Il y a des bateaux sur des corps-morts qui bougent doucement, cliquetis de drisses, et au loin la blancheur du sable du Pylat et les pins sombres. Au bord de la plage, il y de ces petites maisons d'ostréiculteurs en bois peint de jolies couleurs. Et des retraités qui font leur partie de boules sous les pins.

Elle a évoqué un tableau de Boudin, oui c'est cela, une tranquille scène de plage, innondée de soleil.

Je lui ai dit d'aller voir l'Ouest ensuite, de l'autre coté de la dune. On marche dans le sable et on sent déjà le vent. Et on découvre l'océan, une longue plage et des rouleaux furieux, quelque soit la météo. Cela la sent la mer. Il n'y a pas d'enfants, ni de mamans, juste des demi-dieux surfers, trop bronzés et trop blonds et quelques groupies sexys. Et l'horizon, c'est l'infini de la mer, grise et d'écume, de grands mouvements de houle qui donnent envie de partir, qui semblent comme un défi, comme un cheval à maitriser.

Elle est allée voir, et au retour en passant reprendre sa voiture elle a évoqué un tableau de Turner.

Alors je lui ai dit que c'était cela, le travail du phare et de son gardien: permettre aux bateaux de sortir du port, de trouver leur chemin dans les passes et d'aller chevaucher la houle, à la recherche du poisson sauvage ou de l'aventure, on ne peut pas toujours manger des huitres! Et puis de rentrer à la maison. Elle a ri.

Dimanche 10 septembre.

Surprise, le joli petit poisson de la semaine dernière est repassé.

Pendant le semaine, elle avait repensé à ces images du Bassin et de l'Océan . Elle voulait me faire part d'une pensée cosmique! Le Cap Ferret c'est le symbole de l'Ouest et de l'Est, le point exact où l'on bascule d'une direction vers l'autre.

Le Christ sur la croix était tourné vers le Nord. A sa droite, à l'Est donc, le bon larron. A sa gauche à l'Ouest le mauvais larron. Toute notre histoire c'est un choix entre l'Est, le coté du paradis terrestre, la corne de l'Afrique d'où l'on vient, l'abside de l'église et ses beaux vitraux, le coté maternel ou celui d'Abel l'éleveur de moutons et l'Ouest, la sortie de la messe, le monde à conquérir, l'océan et les déserts à traverser, le coté de Caïn. Et tout s'enclenchait bien alors, le bassin à l'Est et le grand océan à l'Ouest, et moi le gardien de phare, comme le portier entre 2 mondes.

C'était inattendu, et je ne savais pas trop que dire devant cette évocation intello. Mais j'étais enchanté de voir que mes images avaient porté, et je lui ai dit. Je suis monté avec elle dans le phare. Je lui ai montré l'optique, et je l''ai manoeuvrée sur un tour. Elle m'a complimenté sur les cuivres astiqués et les lentilles brillantes. Je lui ai détaillé la géographie, lui ai expliqué les passes, les bancs qui bougent, les forts courants de marée, le grand jeu de la mer quoi.

Alors le bassin vu du haut comme sur une carte, m'a évoqué une image curieuse, et j'ai osé lui raconter: il est comme le ventre d'une femme, on y est bien comme un foetus, l'eau y est chaude et l'on est abrité de l'extérieur. Mais il faut en sortir un jour, pour aller voir ailleurs, trop ennuyeux les patés de sable.

Elle a ri, nos mains se sont effleurées plus que de coïncidence. Nous sommes redescendus, et je lui ai proposé d'aller visiter le logis du gardien de phare.

Après l'amour, sur l'oreiller, je lui ai dit que le phare était un grand clitoris.

23:00 Publié dans Geographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : phare, cap-ferret, ouest, mer, est, mere

26/05/2007

Metro

London City Airport, mercredi dernier a 8 heures du matin.

Je prends le metro.
Je suis réveillé depuis longtemps, j'arrive de Rotterdam et je me trouve avec un trop plein de conscience du moment et du lieu. Je ne viens pas assez souvent pour etre habitué au métro d'ici.

Le paysage dehors est surréaliste.
C'est l'Est de Londres, sous le vent de la capitale, ce qui fut les banlieues industrielles et pauvres, comme tous les Est en Europe. Mais au milieu des usines chimiques, des tas de ferrailles et des quais délabrés de Tamise, il y a de plus en plus de parcelles de luxe, des quartiers au cordeau, des immeubles de verre, des jardins d'artifices. Deux grues de quai trop fardées sont restées la comme témoin d'un passé qui s'en va. On dirait une bande dessinée futuriste tellement c' est exagéré de contrastes.

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On rentre sous terre, je re-rentre dans le wagon. Lá aussi cela me dépayse. C' est bonde, mais chacun fait attention a ne pas empieter. Une nation de gentlemen et genlewomen, c' est confirme par la sociologie du metro. Ils sont sont tout en catégories aussi. Il y a des ouvriers en bleu, avec leur boite á outil, pas beaucoup, ils doivent commencer plus tot. Mais la majorité des hommes est en costume sombre. C'est drole n'importe quel employé a Londres semble devoir etre en costume sombre, ils ne sont pourtant pas tous banquiers d'affaire ou croque-morts. Presque tous lisent Metro, ils en sont tous a peu pres a la meme page, celle ou voit Victoria Beckham en minijupe.

Les tenues des filles sont un peu plus variées, plus colorées, un peu bizarres á mon gout quand meme, surtout les chaussures. Je m'attarde. Tiens il y a en a une lá avec une coupe de cheveux assez courte et  des  boucles d'oreille, elle ne fait pas anglaise. Un peu trop ronde, en formes disons, habillée plus a mon gout peut-etre. Elle pourrait etre française non?

Elle s'assied en face de moi, je continue d'observer tout autour et je retourne vers elle. Je lis sans m'en apercevoir ce qui est écrit sur le sac en plastique qu'elle tient á la main: rue Espariat, rue de l'Ancienne Madeleine, d'autres rues encore. Je me réveille d'un coup, non seulement c'est en Français mais ce sont des rues d'Aix-en-Provence, du Vieil-Aix. Je regarde davantage, il n'y a pas le nom de la ville mais les numéros de téléphone indiqués commencent par 04-42 et cela me rappelle bien quelque chose.

Alors j'essaye de croiser son regard, et lorsque je l'accroche, je désigne son sac du doigt et lui demande Aix-en-Provence? Elle est surprise, elle se reveille aussi et bafouille quelque chose. Un peu plus tard du coté de London Bridge elle regarde son sac et ce qui est écrit dessus, elle releve les yeux et me sourit. Je suis descendu 2 stations plus loin a Waterloo. On s'est souri encore. Voila c'est tout, ce fut une bonne journée á Londres.