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12/10/2007

Passagieto

 

“Il a passé” comme on dit dans Maupassant. Avez vous déjà pensé à ce mot lá, “passer”?

Eau                                                                                                                                                        b8246a4c7e42c5d127e8f21b9eaf18aa.jpg

On passe le Styx, l’eau d’ici vers l’au-dela.

On passe de vie á trépas, Baie des trés passés.

Le Bag Noz, la barque de nuit des légendes bretonnes emportent les âmes des marins perdus vers une île,

Obsêques en Néerlandais se dit  “uitvaart”, navigation ailleurs… passage du hors.

Terre

Je suis sûr que chez les Montagnards on passe aussi,

Le gue, le detroit deviennent col, Pas de l’Oc,  Pass des Anglais,

 Vers une vallée d’ailleurs, un paradis céleste?

On passe d’ici-bas à la-haut, du “c’est fini” a l' infini peut-etre?. 

 

Partir c’est mourir un peu, mourir c’est partir de peu.

 

 

24/02/2007

Douce Amer

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On passe le bief du moulin, les dernieres maisons et tout d’un coup le Trieux s’élargit. De la petite riviere urbaine a lavoirs, presque un ruisseau on passe a la belle riviere, large et serieuse. Tu sais bien comment est le Trieux a cet endroit la, on l’a canalisé tout droit entre 2 quais, et les bateaux de plaisance sont accostés qui hivernent lá. Je gare la voiture. Les coteaux sont dégarnis de l’hiver, transparence de ciel bleu entre les branches, il fait beau et froid, un bon temps pour cette promenade. On embarque sur le canotte. Tu vois, maintenant je n’ai plus honte de prononcer « le canotte » comme toi, a la Bretonne. Je démarre le moteur du premier coup, il se met a pulser grave et régulier comme un gros cœur animal.

Amarres larguées, je déborde du quai.. Je gouverne vers le milieu de la riviere et on part vers Goasvilinic, vers la mer. Un coup d’oeil sur le quai, il y a la Capitainerie que le Maire a fierement installée dans une de ces vieilles maisons qui bordent la route. Capitainerie, capitainerie, tu ralais, c’est juste pour les faux capitaines Haddock, les marins d’eau douce. Il y a aussi le café pub Irlandais, encore une concession aux touristes, aux perfides yachtmen qui viennent chercher la un endroit pas cher pour garer leur 4x4 des mers pendant l’hiver. Tout est fermé, tout est calme, toutes ces simagrées de plaisanciers sont comme en sommeil jusqu’au printemps, on est entre nous. C’est bien que ce soit l’hiver, c’est presque comme avant, il suffit juste de vite oublier cet encombrement de bateaux en plastique garés la comme sur un parking de supermarché.

On continue et on arrive vers la zone industrielle, les amas de maerl. C’est blanc, cela brille au soleil, comme une dune. Les sabliers ont peu changé eux, couleurs passées, mélangées de rouille. Tiens je pense a un truc, le maerl c’est jamais que des restes de vivants, de coquillages, ramassés au fond de la baie de Saint Brieux, et ramenés jusqu’ici pour enrichir la terre. Les déchets de la vie de l’Armor, qui viennent fertiliser la vie en Argoat, pays des bois. Poussiere, tu retourneras poussiere.

Les bateaux a quai s’espacent, on apercoit l’écluse, le barrage de Goas, c’est le grand passage qui s’approche. J’accroche le bateau a l’anneau, et je monte sur le bajoyer de l’ecluse, je découvre l’autre coté, la mer est haute bien sur. Je sens le vent aussi, et le sauvage tout d’un coup. J’aime bien penser que la mer vient jusqu’ici la dans la terre, pourtant si loin de la cote, et qu’on la sente si fort. La mer et la riviere sont comme deux langues qui viennent se rouler de grosses pelles l’une a l’autre, au rythme des marées. Bien sur il a fallu que l’ homme normalise un peu cette sauvagerie inconvenante. C’est a cela qu’elle sert l’écluse, a garder l’amont, la ville, le port en eau douce et sage. On a meme été mettre une échelle pour les saumons, eux aussi ont besoin du calme de l’amont pour aller pondre leurs œufs, et ils ont appris a grimper les barreaux pour rentrer a la maison apres le grand frisson de l’océan.

Il n’y a plus d’eclusier depuis longtemps, je manœuvre la premiere porte, les vannes, la deuxieme porte. Mon cœur bat de retrouver l’autre coté que je n’avais pas vu depuis longtemps.. C’est large et grand, c’est le fleuve qui commence et ses méandres amples. Les coteaux de la vallée sont couverts de bois , il n’y a plus de maison, juste le ciel, la foret et la mer.

Je mets les gaz et on quitte ville, port et écluse. Il y a des mouettes qui viennent jusqu’ici et qui crient, il y a le vent froid dans la figure, des odeurs d’algues dans le matin, je frissonne de froid et de plaisir de retrouver tout cela. Je suis content de faire ce voyage avec toi.

Tu avais du faire un jour le chemin inverse, marin tout meurtri ne pouvant plus naviguer. Pas en bateau bien sur, on avait du te ramener dans une ambulance de l’hopital apres l’accident du remorqueur, le cable tendu, le corps coincé par le métal. Curieux finalement, tu ne t’ étais pas installé a Paimpol sur la mer, mais dans l’argoat a Pontrieux, juste au point ou la mer s’arrete. On n’a jamais parlé de cela, mais cela devait etre un signe, la page tournée, la nouvelle vie de citadin, de commercant respectable, le saumon qui ne descend plus de son échelle.

Apres le troisieme méandre, on découvre la Roche-Jagu, le château sévere qui domine la vallée. Ces paysage n’ont pas du changer beaucoup depuis les temps ou des drakkars remontaient jusque lá. Barbetorte le Viking ne devait pas etre tres dépaysé dans ce fjord. Fri an Dao Dour, le nez des deux rivieres, confluent sauvage, juste le petit train de Paimpol qui enjambe le Leff.

On continue vers la grande mer, la marée descend déja et nous porte. Le jusant va bientôt laisser toute cette vallée dans une nudité indécente, pleine de vases et d’odeurs. C’est le grand calme d’apres l’amour , avec juste le ronronnement du moteur qui s’ évanouit tres loin, et les mouettes.

Encore plusieurs méandres et le fleuve s’élargit encore, et tout d ‘un coup on voit l’embouchure, les bateaux se balancant au corps mort, les maisons de nouveau sur les berges, le pont de Lézardrieux, et au fond la mer. C’est a peu pres jusque la que tu m’avais dit que tu étais venu en périssoire quand tu étais jeune, grande betise et retour a la maison tard dans la nuit. Cette fois-ci il n’y aura pas lieu de s’inquieter, tu ne seras pas en retard !

On passe sous le pont, je laisse les balises noires tribord comme il se doit, le clapot devient petite houle, le vent plus fort et quelques embruns passent par dessus le bord, cela me coule un peu dans le cou. Tu sais j’ai lu dans les légendes bretonnes d’Anatole le Braz, l’histoire du Bag Noz, la barque de nuit, elle transporte les ames des defunts vers l’Ailleurs. Je crois que je vais rebaptiser le canotte le Bag Noz, cela me plait bien cette histoire, mais c’est mieux qu’il soit grand jour.

J’ai décidé d’aller jusqu'à voir tout Bréhat, par l’ouest, ile rose et verte du soleil, entre les bleus des ciels et des mers, d’aller jusqu'avoir le phare de la Jument par le travers et la de couper le moteur. On a l’infini de la mer devant nous et on voit encore l’ embouchure du Trieux derriere. Bel endroit. Je jette tes cendres au vent. Scintillements, et puis juste la mer.