22.11.2008
bas-tare ... bas-tave?
Bas étages, basses conditions, cul de basse fosse, les bas-fonds etc., tout ce qui est bas est il donc mauvais, sale ou pauvre?
La loi de la gravité est pour quelque chose dans cette historique mésestime du bas. Les égouts s’écoulent vers le bas, les déchets s’y accumulent et il fallait donc vivre dans les étages pour échapper aux pestilences. Il fallait tenir le haut du pavé pour ne pas souiller ses chaussures.
Nous nous trouvons donc avoir aujourd’hui une image intuitive du Haut et du bas marquées de bien et de mal, à concevoir l’axe vertical orienté clairement positivement vers le Haut, et négativement vers le bas.
Les mathématiciens qui depuis Descartes représentent l’espace avec des axes n’hésitent jamais: regarder la flèche de l’axe des ”z ”, elle est toujours orientée vers le Haut sur leur schémas.
Et depuis bien plus longtemps, les prêtres et les magiciens placent le Paradis dans les Cieux, l’enfer dans les fonds: la terre est la place du corps, du péché, le Ciel est un espace de pensées, les âmes y flottent, Dieu et ses Anges s’y cachent, c’est vers la-haut qu’il faut tendre pour être un homme de bien. Nous en sommes donc tous là, nous avons une sorte de jugement dernier dans la tête avec le Haut comme un Paradis, et un bas coupable ou infernal.
Moi-même, je ne considère ma petite séance de yoga du matin réussie que si je suis arrivé à m’élever au-dessus de mon corps, à me sentir flotter dans l’espace, et à m’orienter vers la lumière du soleil en pensant à la journée qui commence. Car bien sûr la lumière est aussi pour quelque chose dans cette affaire de Haut et de bas, de bien et de mal. Dans les maisons de nos villes, les étages supérieurs sont plus clairs, plus lumineux et plus sains. Il faudrait, je vous l’accorde aller voir chez les Africains et les Aborigenes si le Paradis n’est pas chez eux une grotte fraiche, l’ombre de l’arbre ou une source qui coule de la terre. Je préfere en rester pour le moment à la vision urbaine et occidentale de l’affaire, mais j’étudierai c’est promis, cette question avec une perspective plus large, sous d’autres corrélations: nord-sud, ville-campagne, religions révélées ou non.
Tout cela a abouti, nous le savons tous, à ces petites mesquineries des dénominations des département français. On a rebaptisé les Basses Pyrenées, Pyrenées Atlantiques, la Seine Inférieure, Seine-Maritime et les Basses-Alpes, Alpes de Hautes-Provence. Ce dernier cas est frappant: les élus de Dignes tout meurtris d’être les habitants du bas des Alpes depuis 2 siècles, soi-disant donc déconsidérés par leur concitoyens de Gap, ont trouvé plus bas qu’eux et ont choisi un nom qui leur a permis de remonter sur le Haut du pavé de la chaussée des département…quel beau tour de passe-passe! Heureusement qu’il n’y avait pas de département de Provence, sinon on aurait du changer son nom aussi dans une grande course á l’altitude.

Une grave question me taraude moi Français qui habite Rotterdam: comment les Néerlandais ont ils pu choisir et garder le nom de leur pays: Nederland, Pays-Bas. Le dictionnaire nous enseigne que le “Neer”ou Neder” néerlandais a des connotations semblables au “Bas” français. “Nederig”: humble, modeste (Kramers woordenboek Nerderlands-Frans). Si nous avions réussi apres Napoléon, à conserver les Pays-Bas comme une région française, c’est sûr on leur aurait trouver quelque chose de plus grandiose du genre: Bouches du Rhin et l’Escault, ou Hautes Dunes de la Mer du Nord!
Mais eux les Néerlandais semblent accepter leur bassesse. Modestie? Pas sûr! En conservant ce nom, en revendiquant ce record vers le bas dans un monde qui juge le bien vers le Haut, en montrant que l’on peut y vivre, et aménager une terre tout plate en jolis polders, n’inversent ils pas plutôt les règles? Je pense qu’ ils nous nous donnent une leçon, á nous les nantis des collines et des montagnes. Ils nous montrent que ce qui est important ce n’est pas la terre de laquelle on part et qui n’est que ce que Dieu ou le sort nous a laissés. Ce qui compte, c’est qu’on en fait, et qui est tellement plus important que le nom qu’on lui donne. Bien sûr donc il n’y aura jamais ici les collines de la Haute-Provence, il n’y aura qu’un Pays très Bas mais qui sera tout le contraire de très mauvais, très sale et très pauvre!
09:04 Publié dans Nederlandse Graffitis | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pays-bas, bas
07.10.2008
10 Mysteres
Voila mes 10 grandes questions à moi, petit mystique....
- D' abord, le debut de non histoire: Mes parents en train de me concevoir?
- Qu’y a t’il de très loin, de très profond qui fait que je ne même pas?
- Quelles sont les autres, qui ce soir à la fête, comme moi flottaient ailleurs malgré leurs rires, étions nous tout un vol de mouettes rêveuses?
- et ce regard échangé tout à l’heure dans la rue, si je m’y étais arrêté, qu’aurait il changé dans ma vie?
- Y a t’il vraiment des gens qui comprennent les derniers quatuors de Beethoven, les accords de jazz-rock, les films de Bresson et les tableaux de Kandinski, ou n’y a t’il simplement que des tas de snobs qui font semblant?
- Les femmes, quand faut il arrêter de leur raconter des mots doux, et commencer à les embrasser?
- Comment ne pas désespérer du monde?
Et bien sur
- De quoi Demain sera t’il fait: s' entendra t' on un peu, tous ensemble, pour vivre vivre en paix et respectueusement?
- Et après-Demain? Bof, pas grand chose d' incertain finalement... il fera bon partir a un moment donne ... et puis c' est tout!
Non, la seule vraie question finalement, c'est
- Combien de commentaires vais-je recevoir sur cette liste?
10 grands mysteres donc, et qui doivent le rester, car que serait la vie si tout était écrit.
22:45 Publié dans Decagraphie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : secrets, 10
08.04.2008
Inven-taire
L'ordre, je connais moi. Je passe mes journées à ranger les boites de médicaments à la pharmacie : réception de commandes, inventaire puis nouvelles commandes, jamais en défaut pour retrouver un sirop que l'on nous demande 3 fois par an. Tout est à sa place…
Dans ma maison le soir, quand le doute puis l'angoisse explosent, quand je sens trop fort la solitude et que je me demande si j’existe vraiment, quand je vois devant moi une longue, longue nuit, alors je range encore. Mes livres et mes disques, mes habits et mes affaires, n’importe quoi je range. Je mets de l'ordre dans mon monde, je range mes idees noires dans des boites aussi en quelque sorte: boite du désespoir, boite de l’angoisse dont j’essaye de fermer le couvercle jusqu’au lendemain.
Et bien á propos d’ordre, l'autre matin j'ai eu une drôle d'idée, un flash oú j’ai entrevu le grand rangement à l’œuvre dans le chaos du monde. Je vais essayer de fixer cette intuition par les mots, de remonter doucement la lumière sur cette idée, et de ranger, encore, une pensée en quelques phrases sur ce papier.
J'étais allée voir la veille ma Maman dans sa maison de retraite, et j'avais été frappée comme á chaque fois par cette assemblée d'êtres, d'êtres sans agir, d'être juste le vital.
En marchant dans les couloirs, je voyais partout la survie instillée, des gens à qui l'on donne à manger à la cuillère, et des vieux assis à leur fauteuil, le torse lié au dossier pour qu'ils ne tombent. Brouhaha absurde de télévision dans une salle oú personne ne la regarde. Quand il y a encore un peu de vie, c'est tout décalé, des paroles qui tournent à vide, qui ne veulent plus dire quelque chose que, peut-être, pour un cerveau qui vit ailleurs dans le passé.
Maman était là aussi qui ne voit plus guère que ces marionnettes et quelques infirmières. Et moi petit guignollette du dimanche.
J'étais repartie par l'aéroport où j'avais du attendre au bar une heure car mon avion avait du retard. Là les gens étaient tous aux normes de la meilleure pub : jolies hôtesses aux jambes fines, dans des collants bronzés, maquillage et séduction, jeunes hommes d'affaires au costume qui tombe bien, juste ce qu'il faut de décontraction, voyageuses gravure de mode, et des bulles de parfums de fleurs qui flottent sur tous ceux-la. Même les flics de garde sont visiblement sélectionnés pour être beaux et jeunes.
Je me suis dit alors qu’un mysterieux Social Brother nous impose une géographie du beau dans nos villes. Il nous definit des regles pour les zones où l'on se montre, où l'on paraît plutôt, et où tout doit être lisse et facile: les bureaux, les centres commerciaux, les zones de petits pavillons proprets. Il faut y être belle et habillée avec goût, avoir l'air sûre de soi et souriante, en bonne santé, et l'on y recueille en retour le sourire des autres, peut-être un regard troublé, un espoir de séduction, le sentiment d’exister.
La laideur, elle est cachée dans des ghettos, des banlieues que l'on contourne, des rues insalubres que l'on oublie de voir et des asiles pour les fous, des mouroirs pour les vieux, des prisons pour les inadaptés. Dans cette geographie du beau et du laid, les hôpitaux , les tribunaux et l' ANPE sont des lieux de transition et d'inquiétude, d' où l'on peut basculer d' un verdict definitif, vers le ghetto, vers le noir,
Le doute et l'angoisse suintent sans doute aussi, la nuit dans le secret des autres maisons, même celles des beaux quartiers, mais le Social Brother exige qu'on les ait rangés le lendemain, au moment de ressortir dans la grande comédie de la journée. Surtout ne pas nuire au grand ordre du beau.
Du beau, vraiment?
En pensant à tout ce monde trop en ordre parce qu'on a poussé le désordre, comme on pousse la poussière sous le lit, je me suis mise a rêver d' un autre monde. Si un jour on arrêtait de ranger les vieux, si on les ressortait et qu'on les poussait sur leur fauteuil roulant avec leur perf dans la cafétéria de l'aéroport, pour qu'ils aillent voir les avions décoller, peut-être un sourire viendrait il alors sur leur visage.
Et si on invitait les fous à la table des beaux restaurants du centre ville, juste à coté des hommes d'affaires, et des couples en parade séductrice, pour qu'eux aussi ils aient du très bon et du très bien servi. Et les immigrés des banlieues lointaines, on pourrait les faire venir tous en famille, dans les beaux quartiers et les installer là, dans ces trop grands appartements, avec tous leurs enfants pleins de rires et de cris. Cela nous donnerait un grand bol de vérité à tous dans la figure, une belle leçon de vraie vie.
En fait il faudrait tuer le Social Brother, ouvrir toutes les boites et mettre un grand désordre dans le monde.
J’en étais la quand le reveil a sonne de nouveau, je n' avais plus que dix minutes avant le bus, j' ai fini de m' habiller, coup d’œil vite fait dans le miroir.
Et j’ai realise que les autres ne voudraient pas se priver du beau du supermarché, des images faciles de la consommation qui nous rassurent tous. On n'osera pas voir le vrai beau d'un visage de vieillard ou du sourire d'un fou. Non, je suis repartie au boulot, pour ranger mes petites boites à la pharmacie, et gentiment, on me dira de bien rester derrière. Et je sais bien pourquoi, même s'ils ne me le disent pas. C'est parce qu'avec mes vilains boutons sur le visage, c'est pas très agréable à voir pour la clientèle, dans une pharmacie... alors je resterai derrière, à ranger !
22:18 Publié dans Psychographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ranger, maison de retraite, fous
