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24/11/2008

Sherlock Holmes

“La Jaune et la Rouge”, revue des anciens éleves de mon école d’ingenieurs,  numéro d’Octobre 2008:

 

“Antoine Dupont, pere de trois jeunes enfants, rejoint tous les lundis  à 21 heures l’équipe de tennis de sa promotion. Marin émérite, il est membre du Yacht-club de France. Chasseur à ses heures, il se plaît à la frontiere qui sépare l’Ecole A   et l’Ecole B en quête de bonnes prises sur le terrain du capital investissement.”.

 

Au-dessus, la photo d’Antoine Dupont et son titre, “président du Groupe A-B Capital Investissement”. Antoine   a l’air d’avoir une quarantaine d’année, il a un beau sourire, des petits yeux malins et une cravate de commercial. Au-dessous l’article d’Antoine qui explique les activités d’un groupe d’anciens éleves qui cherchent à gagner de l’argent en entrant au capital de petites entreprises non cotées en bourse, mais avec du potentiel de développement…  Antoine Dupont en est le Président. Peu importe le contenu,  c’est la biographie qui m’intéresse!

 

Ma premiere réaction en lisant ceci fut un grand éclat de rire. Car ces revues d’anciens éleves n’ont pas de journaliste: chacun peut apporter son article qui est rarement rejeté par le comité de lecture, trop content d’ avoir de la matiere a publier. Et donc c’est sûr,  Antoine a concocté sa petite biographie: tel un Mr Bean appliqué, il a rédigé son texte à la troisieme personne sur son PC,  il s’est attribué de son propre jugement le qualificatif d’émérite et a jugé, tout seul aussi que certains détails de sa famille et de ses loisirs étaient susceptibles d’intéresser les lecteurs. Et il a du aussi demander explicitement de placer cette biographie et cette photo an exergue de l’article car ce n’est pas l’usage habituel de la revue. Peut-être n’est ce pas là son premier article et tout cela est il en réserve dans son ordinateur, il suffit d’un copier/coller pour chacune de ses publications.

 

Mais pourquoi n’a t’il pas pensé que cela nous ferait rire cette mini autobiographie, et  plus sérieusement  quel est le message nous passe-t’il?

 

“J’ai 3 enfants, le devoir de procréation a été rempli.” Tiens, mais au fait il ne dit pas qu’il est marié, peut-être est il divorcé. Trouble, éleve t’il ses enfants lui-même, et au fond qu’en ai-je à faire qu’il est procréé?  Mais lá je suis jaloux car je n’ai pas une telle lignée…

 

“J’ai une vie bien équilibrée”. Mens sana in corpore sano, tout est bien comme il faut. En plus il joue dans l’équipe de tennis de sa promotion. On imagine qu’il y a un aspect social á cela, peut-être même un côté compétition, avec un entraineur et des tournois. La mention du Yacht-Club de France évoque aussi le social, plus élististe dans mon esprit. Le Yacht-Club de France, il doit falloir être parainné pour y entrer, comme l’Autombile-Club, le Jockey-Club ou le Polo de Paris, on doit y être entre gens biens. Classique et probalement utile pour réussir.

 

“J’aime la mer et la campagne, j’ai mes racines en dehors de la ville, d’ailleurs je navigue et je chasse”. Comme beaucoup de nous Français, Antoine affirme son identité par son attachement á la nature. Classique et respectable.

 

“Je cherche les bonnes affaires ou placer mon argent”. Dans une jolie transition avec la chasse, la derniere phrase de la biographie, la plus importante nous rappelle  Il est “president” du Groupe d’anciens éleves Capital Investissement. C’est le sujet de l’article.

 

Curieusement Antoine ne nous a pas donné la seule information que presque tous les auteurs d’articles de cette revue indiquent sous leur nom: dans quelle entreprise exerce t’il son activité principale, car ce club, ce ne peut être qu’une activité annexe, on en tire pas un salaire?  Bien sûr il n’est pas obligé de mentionner cela, car son article traite de ce club, mais n’est-ce pas frappant qu’Antoine nous donne le nombre de ses enfants et le détail de ses loisirs et oublie de nous mentionner son métier? Je ne peux que soupçonner quelque chose derrière cela: un insatisfaction quant à son employeur, à sa fonction ou à sa rémunération. Peut-être Antoine est il en train de chercher un nouveau job, et considère t’il qu’un article sur cette activité de loisir, contribuera à  enrichir son CV?

 

Finalement le message qu’il nous passe est je crois: “regardez ma vie, elle a beaucoup des signes du succés, n’est-ce pas?”, et je ne peux que le lui accorder, je m’en réjouis  et l’en félicite.  Mais si je connaissais Antoine, je lui demanderai si ce n’est pas  lui-même qu’il essaye de convaincre dans cette biographie exposée à tous?

 

Et moi, et moi, et moi, quelle biographie irais-je mettre en 4ème de couverture si je publiais un roman… J’ose à peine y penser, il n’y aurait que du doute,  un peu de rêve et quelques sourires,  pas vraiment de succés au sens d’Antoine. Finalement peu importe,  c’est décidé il n’y aura pas de biographie en 4ème de couverture dans mon prochain roman, et pas d’épitaphe non plus sur ma tombe… Restons simple, cela évitera de me faire épingler sur un blog quelconque.

 

Nota: si Antoine Dupont, par le plus grand des hasards, venait à lire ce mémo, qu’il me pardonne.  Je n’ai écrit cela avec aucun mépris, juste un peu de malice, et pour le plaisir d’un petit exercice se style,  à la Sherlock Holmes. Sans rancune?

 

 

 

 

13/01/2008

Avant d' écrire

Avant  d’écrire, il y a toujours la même question: sera-ce une histoire “je” ou une histoire “il”?

On peut ruser, essayer de tromper son monde et commencer par parler de généralités mais il faudra bien choisir: par  exemple cette histoire-ci semble partie impersonnelle, mais le “je” n’est que piètrement voilé, il va se révéler à  la troisieme phrase….

Comme tous les amateurs je, donc, suis plus à l’aise dans le “je”. Il me semble aussi que c’est plus contemporain, plus crédible.

J’imagine que dans les facs de lettres, dans les cours d’écriture on apprend pourtant  à écrire encore l’impersonnel. Un peu d’imparfait pour poser la scène, décrire le personnage. Un soupçon  de plus-que-parfait éventuellement pour résumer son passé, cela ne fait pas vraiment partie de l’histoire, et hop on enchaine  sur le passé simple: le roman commence. Il me semble que c’est comme cela dans Balzac, Flaubert ou Dostoievki, non?

Il doit y avoir des avantages, on peut changer le personnage que l’on suit à  chaque chapitre, et décrire ses sentiments comme si l’on se glissait dans sa peau. On peut en tuer quelques uns, même ceux dont on a suivi les sentiments de près, et regarder les autres réagir a cette mort, cela reste crédible. Le romancier est un petit démiurge, un manipulateur de marionnettes qu’il anime de l’intérieur les unes apres les autres.

Mais je n en suis pas la, alors la plupart du temps, j'utilise le "je" et le présent, comme si j écrivais dans mon journal. En plus il me semble que même chez les pros,  on écrit de plus en plus comme cela. Bien sur, cela doit être depuis Proust  que l' on fait tourner le monde autour de son nombril.

Le sommet du réalisme, du crédible c' est l' échange de lettres avec de grands exemples: "Les liaisons dangereuses" , "Inconnu à  cette adresse", mais ce truc-la limite le champ des histoires que l'on peut raconter!  Il y a aussi la technique du récit enchassé comme dans beaucoup de nouvelles de Zweig, du genre  "l'  autre soir je me promenais et j ai rencontré un drole de  bonhomme qui m a raconté son histoire, "je m appelle Amok, m-a t il dit, et voici mon histoire…" ,  ".

Mais on peut aussi laisser tomber tous ces guillemets et directement se travestir par les mots et raconter en  "je"  n' importe quel personnage.

Tiens,  la phrase précédente est encore  à l impersonnel comme pour me protéger, mais je vais vous faire mon coming out: je me suis essayé en fille dans ce blog, dans Geographie / Nord-Sud et me suis retrouvé assez  à  l aise en séductrice en string…  Il faut juste penser à  rassurer les lecteursconnus les  amis et la famille pour dire que cela ne porte pas à  conséquence! C est fait.

Voila la question que l' on se pose… avant d écrire.
 



 

05/09/2007

Les 3 maisons des petits cochons

J’ai 3 maisons, si si, et comme vous tous, et comme les 3 petits cochons aussi.

Il y a la maison pour nous abriter moi et ma famille au soir, un foyer pour nous protéger des froids et des pluies.
J’aimerais penser qu’elle traversera les siecles, que l’on se la transmettra de pierre en fils comme une de ces vieilles bastides que l’on voit dans les campagnes. Mais je n’ y crois guère, car moi tout seul j’en ai dejà habité beaucoup des maisons, nomade moderne, exigeant du dur sur sa tête. Et nos maisons semblent devenir des biens consommables, comme chez les Américains oú l’on rase la maison de bois tous les 20 ans pour en reconstruire une autre plus grande, plus á la mode.

Maison de bois donc que ma maison foyer.

Il y a la maison de moi-même, mon corps. Il est des jours oú je l’aime et d’autres oú elle m’ennuie. Sans parler des autres habitants qui prennent souvent toute la place, le sexe obscène, la faim et la soif routinières, et la surprenante et inquiétante douleur. On a cru longtemps que c’était une maison imposée presqu’une prison, mais il semble que l’on arrive de plus en plus á la transformer, á la décorer. Bien que fragile, elle peut durer une vie, si si je vous l’assure aussi, moyennant bon contrat d’entretien auprès des spécialistes. Certains orientaux pensent qu’on peut en déménager, décarnager plutot, mais je n’y crois pas, celle-ci ne durera guère, maison de paille.

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Il y a la maison "terre", ma niche écologique de représentant de l’espèce humaine. Je l’aime dans la beauté de ses océans et ces terres, ses montagnes et ses plaines, tous espaces que j ai réussi á coloniser, chambres et annexes que j’occupe sans vergogne. Lá aussi il y a bien quelques autres espèces de colocataires, mais j’ai tendance depuis quelques temps á prendre toute la place, mauvais coucheur du loft global. J' en suis meme venu a vider tous les placards et a bruler portes et fenetres pour faire du feu dans la cheminee. Sa durée de vie qui semblait éternelle pourrait donc se révéler singulierement plus limitée. Peut-être que, comme pour mon corps, c’est la maison qui déterminera la durée de vie de de l’espèce.

Maison de terre de l’espèce, fragile terrier en fait.

3 maisons donc, mais aucune en briques...

Et le grand méchant loup dans l’affaire? Eh bien c' est facile a deviner, il soufflera mes 3 maisons et je me trouverai tellement dépourvu que je n' aurai plus d’ histoires á vous raconter.  

Bon en attendant la fin de l' Histoire, voici arrivee la fin de notre petite histoire du jour, dormez bien bien quand meme, chut!