Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/08/2007

Une soiree "gezellig"

Dans la série "découvrons les Pays-Bas d’aujourd’hui á travers la peinture du Siecle d’Or", voici un sujet important: la Fête.

Une ambiance telle que peinte sur ce tableau de Molenaer (vers 1610-1668) se décrit en Néerlandais d’aujourd’hui par le mot "gezellig", l’un des plus jolis mots bataves. Il n’y a pas d’équivalent en Français et presque tous nos compatriotes vivants ici ont sans complexe enrichi leur Français de ce mot délicieux: "cette soirée d’hier était vraiment gezellig ma chère".

Pas de traduction possible donc, mais on peut essayer de décrire cette ambiance: pour etre "gezellig" une fete doit réunir au moins 5 ou 6 personnes (on ne dira pas d’un diner a 4 qu’il était gezellig), il doit y avoir au moins un peu d’alcool, il faut des rires, que cela soit chaleureux, l’idéal est d’etre serrés dans un espace trop étroit, il faut un certain niveau de bruit… Il y ait mieux qu il y ait a la fois des hommes et des femmes, remarque importante car il y beaucoup de fetes unisexes ici. Un diner de filles peut etre qualifié sans doute de gezellig mais pas un diner de supporters de Feyenoord!

Une fete á la maison pour un anniversaire, la Saint Nicolas, ou la fete des Rois comme sur ce tableau sera certainement gezellig: de preference on y chantera tous ensemble et certains déclameront une petite poésie préparée pour l’occasion. Meme au bureau pour un départ en retraite, on recherchera une telle ambiance: je n’ai jamais chanté en France pour une telle occasion, mais a Amsterdam j ai dirigé quelques choeurs assez amateurs constitués pour honorer tel collègue sur le départ d une petite chanson humoristique sur un air connu. On m a moi-meme gratifié d une chanson sur la musique de Aux Champs-Elysees de Joe Dassin…Gezellig donc.

Les cafés bruns, enfumés encore et bien kitschs dans leur décoration, sont gezellig le vendredi et le samedi soir: beaucoup de monde s’attarde á boire des Heineken en mangeant des petits morceaux de fromage et des bitterballen (je renonce á décrire cette spécialité, venez donc gouter si vous voulez savoir). Gezellig surtout les soir d’été lorqu’il y a tellement de monde que l’on a du mal á accéder au bar, que l’on déborde sur la rue et que l’on associe tout le quartier á la musique.

Mais il y a un paradoxe: ces peintures de scenes populaires du XVIIeme siecle étaient d’un art mineur et a but moral. Les grands peintres, les Frans Hals, le jeune Rembrandt donnaient dans le portrait de Régents sérieux au regard noir, anxieux d’etre Elus et n’ayant donc guère le gout á la fete. Et les scènes de genre avaient presque toujours un sens moralisateur. Les clients aisés les achetaient pour se convaincre de la vulgarité du bas peuple et des méfaits de l’alcool.

Mais je suis sur qu’en regardant son tableau, le bourgeois calviniste devait avoir un petit regret de ne pouvoir de s’abaisser á cette dépravation, envie de gezellig déjá.

Alors tout un peuple y compris ses classes nobles descendantes de ces fiers régents a t’il plongé aujourd’hui dans le péché? Sommes nous passés d’un extreme a l’autre, d’ un peuple d’élus á une société de dépravés?

Non, non, je crois qu il faut juste chercher le péché ailleurs, trouver la zone grise du début du mal! Cette barrière que l’on s’ impose de ne pas franchir mais par dessus laquelle il est bon de regarder un peu, juste pour voir…

Et la zone grise commence aux fetes de masses ou aux fetes des fous, que l'on ne qualifiera d' ailleurs plus de gezellig: les carnavals dans la nuit, les fétes des étudiants des vendredis et samedi soirs et qui durent toute la nuit. Et les puis la Gay Pride, les soirs de finales gagnées par le club de foot, la fete de la Reine dans la nuit lorsque les foules de la ville et ses environs se rassemblent les canaux d’Amsterdam et s’ écoulent de bar en bar comme un second flot. Cela devient avec le soir qui tombe un peu inquiétant de foules compactes, de trop d’alcool, de fumées et de bruits. D’ailleurs il y a gueule de bois, pour s’en convaincre il suffit de voir la place Rembrandt au petit matin du lendemain, champ de bataille ou l’on piètine les cadavres de verres, ou les vestiges de pissotières mobiles en plastique dèbordent et puent, ou tout le quartier sent la bière pour 3 jours.

Voila les limites de la morale calviniste, du bon gout et du gezellig donc. 

Il n'y aurait donc eu qu'un glissement, qu' un elargissement de ce que l' on s' autorise, 

et ma foi fort bienvenu, car le vrai "gezellig" lui est á consommer au Pays-Bas sans moderation, je vous le recommande.

 

04/08/2007

Chez Vermeer de Delft

Laissez moi vous raconter ma journée d’aujourd’hui, sur les traces de Vermeer...

 Je suis allé d’abord le matin au Mauritshuis 'a La Haye, et me suis attardé sur la vue de Delft. Le tableau est plus grand que dans mon souvenir; si ce n’est pas un grand tableau, c'est probablement l’un des plus grands du peintre. On en tire un nouveau plaisir, celui des sensations differentes au fur et á mesure que l’on se rapproche du tableau. Comme pour un objet réel dont les couleurs, la forme et  la matiere se précisent, se densifient  lorque l’on s’approche, la vision du tableau change quand on s’avance. C’est comme un travelling au cinéma, les taches de lumiere sur les toits deviennent éblouissantes,  la coque du bateau s’alourdit et les 2 dames en conversation sur le premier-plan sont habillées d’étoffe que l’on sent au toucher.

 

Comme á chaque fois j’ai cherché le petit pan de mur de jaune de Proust et ne l’ai pas trouvé…

Mais aujourd’hui, innovation, j’ai acheté une carte postale reproduction du tableau et j’ai décidé d’aller voir á Delft oú le tableau avait été peint, de reconnaitre tout cela.  J’ai déjeuné sur le Markt á Delft, et lorsque j’ai montré ma carte postale aux habitants, ils m’ont envoyé vers l’Oost Poort. La porte Est, la plus connue, celle oú l’on arrive lorsque l’on sort de l’autoroute. Une porte Renaissance avec 2 tourelles comme sur le tableau. L’ambiance et le style de l' epoque sont corrects mais á y regarder de pres, cela ne marche pas, la topographie n’y est pas: il n’y pas assez d’eau, les 2 tourelles n' ont absolument pasle meme ecartement, cela n' est le tableau.

c4e6b347a9b63e1fb4650daa99126e90.jpg

Apres consultation d'un livre de spécialiste, je suis allé au bon endroit: au bout du canal Oude Delft,  de l’autre coté de la Schie. Et la, déception, il ne reste absolument rien de la vue de Delft, si ce n’est le clocher de la Nieuwe Kerk au loin. Des immeubles modernes ont été construits sur les bords du canal ceinture, il n’y a plus de porte, plus d’étendue sableuse, juste une vilaine avenue qui longe les immeubles et un pont moderne dont la culée  doit etre á peu pres oú se trouvait la porte. Il y a bien un ou 2 bateaux de plaisance qui rappelle les embarcations du tableau, mais c’est bien tout. La municipalité n’a meme pas placé une petit plaque pour rappeler l’endroit, rien.

Alors je suis retourné á l’Oost Poort, l' usurpatrice et je me suis dit qu’il y avait une certaine logique á cette mystification qui satisfait tout le monde. Du temps de Vermeer la porte de son tableau était celle qui donnait au Sud sur la Schie, la riviere qui va jusqu’a Rotterdam, vers Delfshaven et la mer, c’était sans doute l’entrée principale de la ville, par lá que ce faisait tout le trafic maritime, car Delft était un port. Tout cela est bien fini maintenant et cette partie de Delft est moins active et n' est plus protegee. En revanche les touristes qui arrivent á Delft sortent de l’autoroute, laissent  IKEA derriere eux et tombent sur l’Oost poort, tres belle et bien restaurée, comme une image du passé. Alors ils se disent, je suis arrivé chez Vermeer de Delft, garons la voiture, et allons cheminer sur les canaux voir si l’on rencontre la Jeune Fille á la Perle. Le reve commence.

Tout cela est tres bien comme cela, ils ne la trouveront pas car ils cherchent au mauvais endroit, et peut-etre la trouverai je moi, au Sud, et peut-etre la garderai-je pour moi…

17/06/2007

Un soir d'ete a Delft

Il est quelque chose de charmant á observer en ces soirs d’été aux Pays-Bas. C’est  l’ habitude qu’ont les Néerlandais de prendre le frais sur un banc qu’ils placent devant leur maison, presque sur la rue. A Amsterdam, ils s’installent sur leur perron, en haut des quelques marches qui donnent fiere allure a leur maison, sur le Keizers ou  le Prinsengracht. Monsieur et Madame y sirotent un verre de vin le soir en regardant passer les embarcations qui animent les canaux en été. Ou alors dans le quartier plus modeste du Pijp, des étudiants sortent carrément leur canapé et une ou deux plantes vertes sur le trottoir, et improvisent lá un joli diner-pique-nique.

Dans ma jolie banlieue de Rotterdam, c’est toute la famille qui quelquefois s’installe dans le petit jardin du devant. Lorsque l’on se promene au soir dans la rue, le port de tete doit se faire encore plus droit,  vers le lointain, pour ne pas empiéter sur le territoire des voisins. Ce n’est plus l’intérieur des maisons que l’on observe du coin de l’oeil, sans tourner la tete, mais tout cette petite animation du jardin…

A Delft ou Leyden, les maisons sont tres proches du bord du canal, il n’y a presque pas de trottoir, juste une rue á bicyclettes, mais les gens y attachent avec une chaine un petit banc de bois et viennent aussi y profiter du soir, souvent á lire de gros livres savants, car nous sommes la dans des villes universitaires.

J’ai découvert l’autre jour sur le tableau de Vermeer, “la Ruelle” que ce n’était pas nouveau cette habitude a Delft.

Regardez, de chaque coté de la porte de la maison, il y a déja ce banc, en 1657. Si la dame á bonnet blanc ne s’y est pas assise mais est restee dans l' embrasure de la porte, c’est qu’elle travaille á son ouvrage, que l’heure n’est pas encore au repos. Si vous regardez bien, vous verrez que le banc vient en retour vers la rue, et meme que l’on peut s’attabler sur celui de la maison de gauche. On entre lá dans une autre dimension Batave, celle de la “gezelligheid” dont je vous parlerai une autre fois…