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15/08/2010

Mon Journal

Cela fait plus de 10 ans que je tiens un journal.

Je viens de relire le premier jour et les quelques motivations que javais jetées alors sur cette première page. Et puis jai relu aussi tout le premier mois. Cela ne fait que quelques pages, car cela nest pas un vrai  journal, plutôt un semainier : c'est le dimanche soir que j' ecris la plupart du temps. Cétait un Dimanche de 1999 que jai commencé. Tiens cest aujourdhui  Dimanche aussi.

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Cest cela le plus intéressant dans la relecture, dans ce grand flash-back de 10 ans, de voir les constantes et les changements.

Une constante donc : les Dimanches  où je mennuie, jusquá ce que, de lassitude, jentame une conversation…  avec moi-même. Les idées peuvent  jaillir,  qui donnent envie décrire pour  relier ces moments là, pour constituer comme une correspondance, sur dix ans, avec moi. Cest cela dabord  le journal.

 Les changements bien sûr aussi, un journal cest fait pour les repérer, les  marquer, les aider  même: il y a eu des décès en ces 10 années. Jy garde le souvenir de quelques moments familiaux ou amicaux où un membre du cercle nest plus vraiment là. Jaime relire ces moments-là pour men souvenir mieux, pour ne pas trop laisser filer.  Il y a mon corps á moi, aussi, deux séjours á lhôpital et quelques doutes, mais par chance cela tient peu de place, comme des parenthèses du quotidien, des vacances au bord de la vie.

Il  y a  eu trois déménagements, des changements de jobs,  une crise où jai failli tout laisser tomber, une psychothérapie pour mes 50 ans…  Mais toute cette tempête sest  calmée, á léchelle de ces 10ans, il ny a plus quune histoire classique où les choses trouvent une  place logique : quelques ambitions rabotées, quelques blessures ouvertes puis cicatrisées, et les mots du journal ont aidé  á cela.

Il   y a eu de belles nouveautés : je chante depuis près de 10 ans, jai découvert quil y avait là tout un monde que jai commencé á lexplorer, il me faudra bien des dizaines dannées encore pour en faire le tour. Nous habitons les Pays-Bas et avons décidé dy rester : nous avons acheté une maison, jai planté un arbre. Et  des constantes : jaime toujours et peut-être plus encore la ville, les tableaux hollandais, les regards, la mer, la nuit.  Jai essayé de dire cela par dautres mots, par endroits, une trace.

En fait ce qui a le plus changé depuis louverture de ce journal ce sont eux: la place des mots. Il y en a davantage  dans ma vie, et des mieux assortis je crois, je nai plus peur de les « dire », jécris sur un blog en plus du journal. 

Dans cette première page du journal, javais imaginé que peut-être il  serait lu si..., cest vrai après  tout, jaurais pu mourir pendant  ces dix ans.  Je suis sûr que la plupart des diaristes ont cette pensée là, même sils ne veulent pas lavouer, que  quelques lecteurs de la famille et des amis,  y mettent leur nez, et découvrent plus que cette image que lon donne et que lon sent si limitée, si peu satisfaisante.  Il y a un petit rêve chez nous tous,  les diaristes,  de modifier limage, de laisser une vraie trace,  notre modèle  nest il pas Anne Frank dont la postérité est bien plus grande que beaucoup des immortels de lAcadémie…   dérisoire pendant d'une tragédie.

Mais sur ce point-la,  repensant ce soir á cette première page, je crois que jai changé d'avis  sur ces dix ans, car le monde a lui aussi changé. Je mexplique…

Si  on voulait aujourdhui faire une enquête exhaustive sur Monsieur X, européen  décédé ce jour. On pourrait reconstituer grâce aux données des banques, tout ce quil acheté, où et quand. On pourrait retracer  ces déplacements, grâce á son téléphone, ses péages, et  toutes ces données électroniques qui nous traquent. On pourrait reconstituer ces correspondances e-mail, connaître ses amis et relations et  peut-être même retrouver certaines conversations électroniques   stockées dans les enregistrements de grandes oreilles indiscrètes. On pourrait tout savoir de sa santé bien sûr.  En fait on pourrait presque tout savoir de Monsieur X, bien plus que ce que Madame X indiquera  sur le faire-part du  décès ou placera  sur sa tombe (la  photo de son chien, et une petite plaque en marbre, fabriquée en Chine et célébrant la convivialité des joueurs de boules…). 

Par comparaison, pensons á ce quil reste des générations de lhistoire.  Un exemple extrême, les habitants européens du Groenland. Entre 984 et 1410 on sait encore pas mal de chose d'eux, les Sagas islandaises racontent le debut de cette histoire, puis ladministration danoise envoie un bateau chaque année et consigne certains faits. L'Eglise aussi car il y a un eveque la-bas. Mais en 1410, le dernier bateau rejoint lîle, la petite glaciation rend cette terre inaccessible,  et on oublie presque ce territoire. Une  population oubliee a  vécu au Groenland et  est morte  de froid et de faim. Un siècle, peut-être sans lien avec lEurope, pas une tombe, pas un écrit, pas un mot. Juste quelques pierres comme données de cette histoire terrible.

Alors mon journal, á moi, pour la postérité, mes petites cogitations nombrilesques  en addition encore á tout ce fatras actuel de données? Quelle prétention.   Non vraiment, je le détruirai avant de partir, ou donnerai des consignes pour cela. Assez de mots.

Bon, quand même, ces idées de ce Dimanche-soir,  je vais les mettre sur le Blog, non ? 

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