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08/03/2010

Bonsoir Monsieur Ruysdael

Il fait froid, la surface du canal était encore figée ce matin. J'avale de grandes gorgees d' air pur et frais tout remué du vent,  et la tete me tourne un peu...

Un immense  ciel par-dessus le lac est animé d’une vie intense. D’un côté il est plein du gris qui dominait tout á l’heure, mais vers le sud, c’est le ciel Ruysdael qui le remplace : du bleu infini  en  fond et par-dessus  de  grands nuages en volumes de blanc et de gris. Cela a l’air de bouger drôlement á l’intérieur de toute cette masse : tout par vers l’ouest, mais dans ce grand mouvement cela se déchire, se malaxe et se transforme. La lumière qui descend  est intense, on voit loin et tout en détail, les arbres nus sont de grands spectres noirs, des écorchés en   sombres artères et en veines délicates.  Quatre mouettes tourbillonnent au-dessus, et leur ventre blanc scintille par instant.

C’est drôle, cela fait longtemps que je ne m’étais pas arrêté pour regarder le ciel, en fait très longtemps… me suis-je vraiment quelquefois  arrêté á regarder le ciel ? Et  là je n’arrive presque plus  á m’en détacher,  juste aujourd’hui parce qu’il fait froid sur la Hollande et que  j’ai pensé á un tableau de Ruysdael en regardant ce ciel.ruysdael.jpg

Et m’étant arrêté maintenant au bord du lac, je sens plus que cela. Il y a quelques couinements de canard, á droite dans les fourrés, et puis d’autre cris, non? En y faisant attention, oui, j’entends un autre cri d’oiseau, puis deux, puis trois, chacun bien distinct, dans son registre. Des cris qui sont sans doute souvent là quand je promène le long du lac, mais que je n’entends pas d’habitude. Il a fallu que je m’arrête pour bien les écouter, comme lorsque l’on choisit de suivre  la voix d’alto d’un quatuor plutôt que de se laisser porter par l’ensemble.

Et l’air froid sur la peau, qui pique un peu, et l’odeur de la terre mouillée. Si je restais encore un peu, peut-être arriverais-je aussi á trouver les autres odeurs, á décomposer l’accord des parfums… Peu importe, ce soir, je me suis arrêté au bord du lac, et ai senti la terre et le ciel, j’ai senti le monde, je me suis senti partie du monde.

Merci monsieur Ruysdael…

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