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05/02/2008

Nord-Sud

J'ai 2 amis.

Piet est d'Amsterdam. Un beau viking tout en clarté, peau, cheveux, et yeux. Il habite une de ces maisons hollandaises transparentes, au bord d'un canal. Bow window sans rideaux qui laisse le regard traverser toute la maison jusqu'à la fenêtre du jardin de l'autre côté.

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La Hollande, pays d'air et d'eau, les moulins, jonction entre ces 2 éléments.

La terre, Piet va l'arracher à l'eau, il est ingénieur au Rijkwaterstaat, le Ministère royal de l'eau, Ministère de la boue serait mieux dire. Le feu, d'autres hollandais vont l'arracher aussi à la mer, gaz de Groningue.

Piero est Toscan. C'est un bel italien, tout de brun, cuir, poils, prunelles. Il habite une bastide ocre dans la terre de Sienne, murs épais, fenêtres étroites, atrium secret.

La Toscane est un pays de terre et de feu.

Piero épanouit la terre et le feu du ciel en vin. Son travail est d'artisan ou d'artiste, choisir les cépages, élever les vignes, les tailler jusqu'à recueillir les grappes comme des notes d'un orchestre. Puis composer, et laisser éxécuter.

C'est drôle comme entre le Nord et le Sud les maisons inversent la lumière du dehors, et comme des architectures différentes s'y sont épanouies.

Le sud c'est le pays du Roman, inspiré des basiliques romaines ou des premiers temples de l'Islam. Mur épais, à peine percés de fenêtres, piliers lourds cachant des déambulatoires secrets, fraicheur et mystère de l'ombre.

Le Nord a développé le Gothique, en a t'on jamais vu en Italie? Les murs ne sont plus que des verrières, la structure est repoussée sur de fines nervures et colonnes, ou des arcs boutants qui ne sont même plus partie du mur. La lumière explose partout rendant l'édifice transparent, limpide en apparence.

On passe du plan qui protège à la ligne qui expose. Du mur plein à la transparence.

J'ai 2 amants.

Avec Piero, je suis courtisane de harem, voiles et parfums secrets, coussins profonds. Je me laisse enivrer par son vin, séduire par sa trop belle assurance de mâle du Sud et m'abandonne, oui avec plaisir, à ces désirs.

Avec Piet, je suis femme partenaire de l'amour. Il me laisse croire que nous sommes égaux dans ce jeu, mais je sais que son regard sur moi peut être comme celui des hommes sur les prostituées du quartier rouge d'Amsterdam, ses filles presque nues dans des vitrines trop éclairées.

Il est des jours où j'aime le trouble du voile, et d'autres où je préfère les lignes du string.

J'ai 2 amours.

Piet me dit qu'il m'aime. Il souhaite que nous fondions une famille, nous aurions 2 beaux enfants, un petit chien et une Volvo break. Tout est clair dans sa tête. Et pourtant, quelquefois, je vois dans ses yeux un peu de trouble. Et je pense à ses cousins calvinistes, chez qui tout est transparent, tout est selon la bible et ses préceptes, mais dont je n'arrive jamais à croiser le regard.

La ligne de vie qu'il me propose, toute droite en apparence n'a t'elle pas des courbures cachées, ou une turbulence à venir comme le sillage d'un avion. Si bien sûr, cette vie là est comme l'intérieur de la maison dans un tableau de Vermeer, la fenêtre est ouverte, tout est rangé, ciré, les personnages à leur place et à leur ouvrage et pourtant il traîne une lettre, un papillon y volette....

Piero me jure de son amour. Nous aurons une belle famille, pleine d'enfants et de rires. Il aura son Alfa Romeo et sera reconnu dans son métier. Et moi je serai maitresse dans la maison, et respectée dans le village. J'aurai de belles robes, et Piero sera fier de notre famille, de nos réceptions et de mes activités bénévoles. L'avenir qu'il me propose, je le vois comme au théâtre, avec de la Comédia lorsque nous parlerons de sa maitresse ou peut-être de mes amants, et de troubles clairs obscurs comme dans un tableau du Caravage lorsque la souffrance arrivera. Oui du théatral, voile du rideau encore, du Roman ces Italiens ne sont ils pas passés directement au Baroque?

Mais quelque soit celui que je choisis, je sais qu'un soir je me retrouverai seule, face à moi-même.

Plan, ligne, à la fin il n'y aura plus qu'un point. Comme le regard d'un portrait, de Rembrandt ou de Raphaël, peu importe. Point.

 

 

04/02/2008

Est-Ouest

Dimanche 3 septembre.

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Le dimanche, il y a toujours quelques visiteurs au phare. Au moins une dizaine en cette saison. Aujourd'hui une seule femme seule, une brune au carré assez sportive et bronzée, environ 50 ans. Un joli petit poisson. Comme d'habitude, après la visite, elle est venue se renseigner sur la vie du gardien de phare. Fascination de la nuit, de la mer et des éléments, même pour un phare du continent, on a notre petit succès. J'ai répondu à sa curiosité en parlant de l'hiver, du bruit du vent là-haut et de la fureur des tempêtes. Quelquefois on est comme à la passerelle d'un navire dans la tempête, à guetter un feu avec inquiétude, pas celui du phare bien sûr, mais celui du bateau attendu . Il manque le tangage mais à la relève, quand on a descendu l'escalier en colimaçon pour aller se coucher, on met longtemps à calmer le balancement de la houle dans la tête et le claquement des embruns.

Et puis je lui ai parlé du Cap Ferret. Je lui ai montré le coté du Bassin d'Arcachon, l'Est, la quiétude de la plage, les petits enfants qui jouent dans les mares à chercher des crabes, les mamans qui bronzent rassurées quant à leur progéniture, car on entend de loin les cris dans le coton de l'après-midi. Il y a des bateaux sur des corps-morts qui bougent doucement, cliquetis de drisses, et au loin la blancheur du sable du Pylat et les pins sombres. Au bord de la plage, il y de ces petites maisons d'ostréiculteurs en bois peint de jolies couleurs. Et des retraités qui font leur partie de boules sous les pins.

Elle a évoqué un tableau de Boudin, oui c'est cela, une tranquille scène de plage, innondée de soleil.

Je lui ai dit d'aller voir l'Ouest ensuite, de l'autre coté de la dune. On marche dans le sable et on sent déjà le vent. Et on découvre l'océan, une longue plage et des rouleaux furieux, quelque soit la météo. Cela la sent la mer. Il n'y a pas d'enfants, ni de mamans, juste des demi-dieux surfers, trop bronzés et trop blonds et quelques groupies sexys. Et l'horizon, c'est l'infini de la mer, grise et d'écume, de grands mouvements de houle qui donnent envie de partir, qui semblent comme un défi, comme un cheval à maitriser.

Elle est allée voir, et au retour en passant reprendre sa voiture elle a évoqué un tableau de Turner.

Alors je lui ai dit que c'était cela, le travail du phare et de son gardien: permettre aux bateaux de sortir du port, de trouver leur chemin dans les passes et d'aller chevaucher la houle, à la recherche du poisson sauvage ou de l'aventure, on ne peut pas toujours manger des huitres! Et puis de rentrer à la maison. Elle a ri.

Dimanche 10 septembre.

Surprise, le joli petit poisson de la semaine dernière est repassé.

Pendant le semaine, elle avait repensé à ces images du Bassin et de l'Océan . Elle voulait me faire part d'une pensée cosmique! Le Cap Ferret c'est le symbole de l'Ouest et de l'Est, le point exact où l'on bascule d'une direction vers l'autre.

Le Christ sur la croix était tourné vers le Nord. A sa droite, à l'Est donc, le bon larron. A sa gauche à l'Ouest le mauvais larron. Toute notre histoire c'est un choix entre l'Est, le coté du paradis terrestre, la corne de l'Afrique d'où l'on vient, l'abside de l'église et ses beaux vitraux, le coté maternel ou celui d'Abel l'éleveur de moutons et l'Ouest, la sortie de la messe, le monde à conquérir, l'océan et les déserts à traverser, le coté de Caïn. Et tout s'enclenchait bien alors, le bassin à l'Est et le grand océan à l'Ouest, et moi le gardien de phare, comme le portier entre 2 mondes.

C'était inattendu, et je ne savais pas trop que dire devant cette évocation intello. Mais j'étais enchanté de voir que mes images avaient porté, et je lui ai dit. Je suis monté avec elle dans le phare. Je lui ai montré l'optique, et je l''ai manoeuvrée sur un tour. Elle m'a complimenté sur les cuivres astiqués et les lentilles brillantes. Je lui ai détaillé la géographie, lui ai expliqué les passes, les bancs qui bougent, les forts courants de marée, le grand jeu de la mer quoi.

Alors le bassin vu du haut comme sur une carte, m'a évoqué une image curieuse, et j'ai osé lui raconter: il est comme le ventre d'une femme, on y est bien comme un foetus, l'eau y est chaude et l'on est abrité de l'extérieur. Mais il faut en sortir un jour, pour aller voir ailleurs, trop ennuyeux les patés de sable.

Elle a ri, nos mains se sont effleurées plus que de coïncidence. Nous sommes redescendus, et je lui ai proposé d'aller visiter le logis du gardien de phare.

Après l'amour, sur l'oreiller, je lui ai dit que le phare était un grand clitoris.

23:00 Publié dans Geographie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : phare, cap-ferret, ouest, mer, est, mere