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24/09/2007

Plus-que-parfait

Imaginez mon désarroi, je rêve de perfection depuis je suis tout petit, et m' apercois avec les ans que le monde n' est que d'à peu prés. Quelques iles de perfection sont attaquées sans cesse par les vagues du compromis et s'enfoncent dans le grand océan du médiocre….

Un prix d' excellence à  l école, voila qui vous confortait dans la vie: un probleme, une solution, un 20 sur 20 ou un bon point. Et partant de là on se voyait aussi  un avenir tout assuré dans la République, pas d'angoisse existentielle, pas de psy. J'ai marché un bon moment dans l'affaire,  tout le temps de l' école et des Ecoles et même au-dela, sans m' apercevoir de la tromperie. Les droles maintenant, on leur apprend à se satisfaire d' un 10 sur 20, à aller chercher la solution sur Internet, ou à discuter la note, c’est probablement mieux pour les préparer à l'avenir, mais je ne peux pas m empêcher de regretter.

Il y a du y avoir un premier doute sur ma perfection propre quand cette drole de queue s'est mise à me pousser la nuit, elle semblait tres imparfaite, incontrolable et quelque peu polluante. Apres bien des années de questionnement, j ai appris à bien aimer la nuit aussi, et à  ne pas y rester seul, mais je ne peux m’empêcher de regretter les jours clairs,  ou la lumiere était toute pure et les regards simples.

Les sciences sont restées assez  élevées dans mon échelle du parfait. Les désillusions du genre "science sans conscience", les débats éthiques ne concernent que l' application de la science, pas la science elle-même.  Il y a bien aussi cette dialectique de la limite des sciences que l'on vous apprend lorsque vous avancez dans l’une ou l'autre: le théoreme de Godel sur l’incomplétude des mathématiques, le principe d’incertitude de Heisenberg en physique, et les Attracteurs Etranges qui empêcheront a jamais de prévoir la météo au-dela de 10 jours. Mais ces limites font partie encore des sciences, on se les approprie comme les rivages de l'ile. Et elles deviennent aussi jolies dans ce paysage que le nom qui les désigne. Ces mondes-lá ne sont pas tout á parfaits, ils ne seront jamais complets contrairement á ce que pensait Maxwell au XIX eme siecle, mais ils  peuvent offrir de quoi passer maintes vies d'exploration et constituer de belles zones de parfaites connaissances. Peut-etre aurais je devenir le spécialiste de la troisieme paire d' ailes de la mouche drosophyle. Regrets? Pas sur, car cela doit etre bien ennuyeux d' etre tout seul sur son ilot parfait, sans pouvoir en parler?  

Pour la conduite des affaires du Monde, j ai cru comme beaucoup que le Communisme serait la solution: la révolution viendrait, on allait supprimer l'argent et on créerait le bonheur sur la terre, à chacun selon ses besoins, plus d'armée, plus de patrons mais une belle gestion tous ensemble. On aurait du se douter de la tromperie rien qu' a entendre  cette histoire du Grand Soir ou on devait couper les têtes. Cette utopie là  est partie dans un plus grand désordre encore que celui du libéralisme, un grand gachis de vies et de ressources, à ranger dans le moins-qu imparfait. Finalement tous ces gens qui ont rêvé de parfait en politique nous ont trompés, les Thomas More, Fourrier et Proudhon, les Marx et Engels, sans parler de ceux dont le parfait était parfaitement abject . Bon,  on en est un peu tous là: une belle gueule de bois, une  pensée unique avec notre amie Tina ("there is no alternative") tout en craignant le basculement de l'histoire dans Huntington. En gros pour le politique, on peut au mieux espérer  bien gérer son lotissement comme un Disneyland, en sélectionnant ses voisins et en créant des barrieres pour éviter les hordes barbares. Et peut-être tiendra-t'on quelque temps. C'est probablement mieux que les utopies,  mais je ne peux pas m’empêcher de regretter.

J ai pensé bien sur aussi aux religions et révélations, à ma foi aveugle de premier communiant cherchant ce qui changeait en moi apres avoir avalé  le corps du Christ, en faisant bien attention de ne pas le croquer. Pourrais je devenir moine hindou sur une colonne ou passer à la Trappe et à la priere. Mais là  non plus apparemment tout n'est pas simple, les plus grands s'y sont heurtés: la tentation de Saint Antoine, Soeur Theresa quasi béatifiée, dont on découvre qu'elle a douté pendant cinquante ans, et apparemment Dieu lui même quand il s' est incarné, "Mon Pere pourquoi M'as Tu abandonné"  (je n' en peux plus des majuscules)… Alors vous me voyez moi, chercher par là le recours vers la perfection, aucune chance, mais je ne peux m'empêcher de regretter.

Les arts me direz-vous, offrent de la perfection. Une belle voix dans la nuit, et l'on y est presque. Comme pour les sciences il faut se garder de la technologie, éviter les enregistrements des pros sur CD ou l'on peut écouter chaque attaque tellement plus que parfaite qu' elle en est artificielle. Rejeter l'électronique qui vous decompose les sons et les lumieres en series mathematiques, qui vous génere des rythmes si reguliers qu ils n' en sont plus humains.  Non la perfection dans l'art est dans l'instant, dans un coup d archer, un instant d' infini ou dans ce tableau unique qui me fait rêver tel jour et sous telle lumiere. Ilots encore, et regrets de ne pouvoir toujours y vivre. 

L'entreprise ne parle que d' excellence, de qualité totale mais ne fait que du présent, du consommable et de l' ordinaire. Même les Rolls sont ennuyeuses maintenant qu' elles sont cotées en bourse, sans parler de l' "Industrie"  du luxe, plastique Vuitton  à la chaine.

Alors l' artisanat peut-être, les Compagnons et leur chef-d' oeuvre, une vie a tailler des ogives, comme un tailleur de pierre du Moyen-Age ou a tisser des tapis persans. J' aime bien mon tapis persan, je suis assis dessus au moment ou j écris la conclusion, comme sur une ile de quasi-perfection. Quasi seulement car le tisseran  place toujours un petit défaut: seul Dieu est parfait. C' est le tisseran qui a raison, tout le reste n' est qu' éphémere, comme nous mêmes qui portons dans nos genes la fin de notre histoire, programmée aux alentours de 130 ans, et qui nous acheminons vers un grand imparfait de poussiere. Le parfait n' est donc que d' un instant, d' une fleur ou d' un sourire.  Rien de nouveau, Cultivons notre jardin, Mignonne allons voir si la Rose ...  mais je ne peux m empêcher de regretter.

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