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23/06/2007

La Pieuvre (3)

J’ai pris l’habitude d’aller au restau deux fois par semaine, tout seul avec moi-meme.
Le restau tout seul, c'est pas si mal, cela oblige á regarder: meme en prenant un journal on voit. Je repense au mur de Claire car ici ils ont mis des murs blancs laqués. Il y a trop de lisse, trop de blanc uniforme dans ces murs, et méme trop d’images qui se réflechissent au-dela du blanc. Ce n’est plus un mur, á fermer la piece, c’est un décor. La norme des designers aujourd’hui semble étre de chasser les taches, les reliefs et les fissures du temps du vrai mur derriere. On nous cache la vraie maison et on cherche á nous faire habiter dans des cubes mathématiques.

Bien sur, le designer a mis un tableau au milieu du mur, plein de couleurs et de formes qui tournent. Mais ce tableau c’est comme les portes des corons de l’autre jour, c’est un gadget sur l’absurde. J’ai presque envie d’aller dormir á l’hopital avec Claire, et de voir le mur porteur.

Je regarde aussi les clients. Je décide de les ranger en deux catégories. Il y a les acteurs de la piece de théatre que l’on joue dans ce cube scene. Deux couples qui dinent ensemble, ces dames se sont habillées pour le soir et l’une d’elle laisse entrevoir le début du creux entre les seins. Ces messieurs font les beaux et menent la conservation avec une belle assurance, ridicule.

L’autre catégorie est faite des gens perdus. Des figurants qui jouent mal. Un homme seul qui curieusement maintient une position toute bizarre sur sa chaise avec une jambe qui part en arriere par dessous la chaise. Et il reste toute la soirée comme coincé sur sa chaise, on a du apprendre á son corps dans l’enfance á se contraindre, á ne pas bouger á table, á respecter la conversation des adultes pour atteindre un tel stoïcisme. Et puis il y a aussi un couple dissymétrique : un tranquille mépris de lui pour elle, des remarques qui ont l’air seches et méchantes, et une imploration silencieuse d’elle á lui. En fait ces deux-la sont peut-etre plus honnetes dans leur role de couple sado-maso que les deux couples acteurs.

L’absurde me saute á la gorge. Ces gens du restau sont tous coincés dans leur corps, leur role ou leurs pathologies, c’est ici qu’il est le cirque, pas lá-bas.

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Petit á petit j’ai réussi á entrainer Claire vers le parc, et nous nous promenons sous les arbres, presque comme si l’on était en dehors de la clinique. Elle écoute les nouvelles du dehors que je lui donne, mais ne pose guere de questions. Aujourd’hui, on a assisté á un drole de pique-nique, sous les arbres. Il y avait un vieux monsieur, un Marocain pensionnaire ici, et son fils sans doute, tous les deux assis dans l’herbe pres du grillage. De l’autre coté du grillage il y avait une dame en foulard avec un bébé, et un petit garçon. C’était sans doute les petits enfants qui n’avaient pas le droit de rentrer. Je me suis dit que pour des musulmans, le jardin, l ’herbe et l’ombre fraiche des arbres, cela devrait évoquer le paradis terrestre, mais que le reglement de l’ hopital transformait cela en purgatoire avec des mailles de fer pour empecher d’embrasser, de prendre dans ses bras ceux qu’on aime.

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Claire m’a présenté á Murielle. C’est une jeune fille á l’air réveur, peut etre 20 ans, elle est jolie et parle comme une enfant. Elle voulait que Claire la parfume. Claire lui a mis deux gouttes de parfum dans le cou, de chaque coté juste sous l’oreille. Murielle était tres intéressée que Claire ait un mari.

Mais Claire ne voulait pas sortir avec son mari et retourner á la maison, la peur de la pieuvre est toujours la.

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