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24/06/2007

La Pieuvre (2)

La clinique a un mur, un poste de garde et une dame qui veille, il faut montrer patte blanche pour entrer et sortir. J’ai salué poliment.

J’ai retrouvé Claire dans sa petite chambre blanche. Ses affaires sont rangées, tout est en ordre, c’est monacal. Elle est allongée sur son lit et n’a pas de perf. Je fais un peu de bruit et elle me sourit. Je lui raconte le dehors.

Claire n’a pas meme voulu aller dans le jardin , son monde n’est que sa chambre. Ses pensées elles aussi toutes endormies par des anxiolitiques doivent etre rangées dans un coin de la tete, pour éviter la pieuvre qui guette pas loin. Moi je suis allé allé visiter  dés ce premier jour. Faire le tour de la cour et du jardin pour connaître ce lieu, et cette limite de l’enfermement qui me trouble. J’ai marché aussi par les couloirs, les salles de jeu, les fumoirs et j’ai trouvé le bar. Il y a un peu de monde et on se regarde. Forcément chacun se demande qui est malade et qui est visiteur. Il y a bien sur les vrais fous pour lesquels c’est clair : des regards noirs et inquiets, des tics, une voix trop forte ou trop monotone ne laissent pas de doute. Mais je m’aperçois vite qu’il y a aussi des malades comme vous et moi, au milieu de tout ce cirque. On enferme les déprimés et les fous dans les memes endroits, je ne sais pas pourquoi

Apres deux ou trois visites, j’ai sympathisé avec quelques patients, plutot les « vrais » fous. Ils me prennent pour un médecin á cause de ma cravate, et ils sont de ce fait tres respectueux. Gentils pour la plupart, gentillesse forcée á coup de médicament peut-etre. Les conversations sont dures, beaucoup ont des difficultés á parler, et meme quand on comprend les mots, souvent on ne comprend pas le sens. Mais ils sont reconnaissants que l’on fasse attention á eux, que l’on prenne le temps d’un semblant de conversation, comme dans la vraie vie.

Claire fait de la peinture le mardi á l’ergothérapie et de la poterie aussi un autre jour. Il y a déjá plein de ses œuvres sur la table de sa chambre, que je regarde et commente lors de mes visites. Mais elle ne dit pas grand chose en fait, alors quand je n’ai plus d’histoires á lui raconter, je lui fais l’œuf sur son lit en espérant que l’infirmiere ne viendra pas déranger cette intimité. La pieuvre n’a plus l’ air d’etre lá, juste la peur du dehors, l’envie de ne plus vivre qu’ici. Il y a ce mur blanc qu’elle regarde sans cesse, lá en face du lit. Il y a du grumeleux de platre qu’on a envie de toucher du bout des doigts, de gratter doucement avec l’ongle de l’index. On parle de ce mur, il y a des taches grises claires qui dessinent des formes sur le blanc. C’est comme le mur de la ferme, au matin clair des étés de vacances, quand la maison était encore calme et que l’on restait couchés.

Elle ne veut pas regarder par la fenetre le vide de la cour. Ni voir les autres. Elle ne veut pas penser á la maison, non juste ce mur, et attendre de redormir.

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