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17/02/2007

Gling-Glo

"Awel zo" , a dit mon père en arrivant à l'ile Renotte cet après-midi. "Il y a du vent".   Cela faisait sans doute un an qu'il n'avait pas dit un mot de Breton, depuis l'hiver passé à Bordeaux dans la maison de retraite, loin d'ici. Cela me fait du chaud. Nous ne savons  ni l'un ni  l'autre nous dire les sentiments. Mais là, il a trouvé juste les mots qu'il fallait pour dire qu'il est content, et je le prends comme un merci.

medium_CRW_8129.jpgL'ile Renotte, une presqu'île en fait. Je me baigne, mon père assis sur une pierre, au bord de la plage. Des enfants jouent dans le sable, il y a des rochers énormes de granit  en amas compliqués, qui vont jusque dans la mer, et les 7 îles au loin. Odeurs de varech. Derrière nous des pins tout décoiffés par le vent d'ouest, le tronc comme un arc-tirant sur le vide, et des champs qui tombent presque dans la mer, blés et écumes. Devant moi une silhouette sur un rocher se découpant sur le ciel. Des cris d'enfants, des cris de goelands, étouffés par l'air tout ouaté, atmosphère retrouvée de la Bretagne de mes souvenirs, de mon enfance.

Je me sèche et nous marchons un peu. Il y a une ferme sur l'île Renotte, des champs petits et bordés de haies, quelques chemins creux, débouchant soudain sur la mer,  la vraie Bretagne. Nous parlons un peu, des maisons, des paysages et des bateaux. C'est la vraie vie des vacances d'avant, petite conversation futile sur le monde qui nous entoure et que l'on aime bien. Mais mon père se fatigue à marcher, nous retournons à la voiture et rentrons à la maison.

Après le diner, je sors son pyjama, j'ouvre son lit et je dépose dessus une couche pour la nuit, du modèle adulte, et très absorbant comme ils nous ont dit à la maison de retraite. Je fais cela l'air de rien, quelque chose de normal, pour dédramatiser cette affaire.

Mais lorsque vers minuit je redescend voir,  je trouve Papa encore debout, les fesses a l'air, juste sa veste de pyjama enfilée. Il est tout perdu, sans doute en train de passer depuis une heure du cabinet de toilette, aux WC et à sa chambre, sans réussir à faire les gestes simples du coucher. Je suis gêné, mais je lui dis calmement qu'il faut mettre la couche et le pantalon de pyjama et puis aller se coucher, qu'il est tard. Il râle un peu, comme d'habitude, l'air de dire que je dois me mêler de mes affaires, mais dans son regard je vois de l'inquiet, du perdu . Alors je lui dis que je vais l'aider à mettre la couche, et je trouve les gestes qu'il faut. Et c'est fini, il va se coucher, le calme de la nuit.

Pas dans ma tête. Je repense à son corps, à ses jambes maigres, à son sexe sans pudeur, et à ses fesses frippés. On ne connait pas le corps de son père. Je vois aussi son regard perdu et j'ai envie de hurler. 

Je me mets en boule dans mon lit.

Je me souviens alors d'un mot. Quand j'étais petit, et que je prenais un bain, Papa appelait mon petit sexe,  le gling-glo.  Et je me calme.

Demain, et juste encore pendant quelques jours de vacances,  je serai encore avec Papa, simplement, comme d’habitude aimerais-je dire.  Le corps s'en va, l'esprit s'en va, j'aimerais les retenir doucement,  contre le vent du temps. Awel zo.

 

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